Vendredi 21 août 2009
5
21
/08
/Août
/2009
11:55
" Merci Jérémy"
Nonnnnn…
Pas cela par pitié. Le ciel s’alourdit de sanglots inaudibles, un parfum d’hier s’ébauche et s’efface, le geste fatal consume l’oubli qui m’aspire.
Qu’as-tu fait, que m’as-tu fait ?
Je vivais encore tant que tu te souvenais, j’étais aimée tant que dans ta mémoire nous nous enlacions.
Et je hantais ton âme pour braver les abîmes. De tes lèvres altérées, tu vivifiais ma peau, de tes mains audacieuses tu dessinais ma chair, chaque nuit, tu rêvais de moi et allumais ma chevelure
d’étoiles amarantes, affabulais mon visage albe. Je renaissais et m’animais à nouveau sous tes caresses, tes étreintes devenaient mon ancre, me dispensaient l’équilibre sur le fil de ta vie.
A ton souffle, à ton corps, à tes souvenirs, à tes larmes, je me nourrissais, mon fantôme se réchauffait, se densifiait pour t'habiter. J’étais encore quand tu m’aimais.
Je ne suis plus. Et mon âme légère se dissoudra, qui prenait sa puissance dans tes regrets et ton amour. N’as-tu point perçu ce souffle sur ta nuque, ce murmure dans l'éther qui te conjurait de
suspendre ton geste qui t'annonçait que tu nous anéantissais tous deux ?
J’aurais voulu continuer à vivre par toi, te voir sourire, t’entendre chanter, te découvrir aimer à nouveau, j’aurais guéri mes blessures à tes rires. J’aurais voulu te voir vieillir, auprès d’une
autre mais vieillir quand même, j’aurais voulu voir grandir tes enfants. J’aurais tout vécu par procuration me serais abreuvée à tes ivresses, à tes plaisirs, à ton bonheur. J’aurais gardé toutes
ces miettes de toi, je t’aurais donné les étoiles et l’univers, que j’aurais inscrits dans tes yeux clairs.
Et maintenant que tu as dénoué les derniers liens qui me retenaient à ce monde, que ta souffrance ne trame plus la soierie irisée du souvenir, je vais disparaître à jamais.
Déjà le néant, de sa griffe lisse et insensible me cerne et nos âmes hurlent de se séparer. Mais nos cris se perdent en vain et s’éteignent aux implacables parois marmoréennes. Non la mort ne
réunit pas les amours défuntes, n’aspire pas à me retrouver puisque déjà mon cœur se liquéfie, mon âme s’enténèbre puisque je vais rejoindre ce qui m’enlace et qui me glace.
Par toi je vais connaître la plus grande mort qui soit l’oubli.
Car ton esprit agonisant ne peut plus, ne sait plus la force de réfléchir et emprisonner la lumière de notre chant. Et les notes opalescentes de notre symphonie se perdent et se fondent dans le
passé, j’en oublie le début, n’en connais plus la fin.
La barque de Charon se fait plus pressante, le vent de désolation s’est levé, la voile s’est gonflée de noirceur.
Je t’aimais
Cette phrase je la clame au néant qui m'emporte.
Aux souffles des Dieux, elle survivra... intemporelle...
... Indélebile.
1