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C’est un univers gris et tiède, un néant cotonneux où se mêlent odeurs couleurs et sons en un magma fade jusqu’à l’écoeurement. Environnement ni hostile ni amical au milieu duquel nagent des entités.
Les perceptions sont affadies presque occultées et pourtant une conscience une étincelle une pensée à l’instant ou alors hier sinon demain.
« Je » ou ce qui en tient lieu perçois tout cela à travers la brume épaisse et neutre, des bruits des lumières lointaines parviennent jusqu’à moi et pourtant je n’entends ni ne voit ni ne sens. Les sensations arrivent directement à ma conscience
Conscience à peine…tellement diluée dans un néant… Aucune perception sensible d’un corps quelconque les limites de ce je indistinctes se fondent dans ce néant
Et pourtant quelques souvenirs surnagent comme les pages jaunies d’un vieux livre oublié
La nostalgie des forets après la pluie quand tout paraît si neuf, avec l’odeur d’humus enivrante , le vent qui froisse lentement les feuilles le jeu de la lumière ombre soleil en une envoûtante danse combinatoire
La mémoire du soleil brûlant sur ma peau souffrance et plaisir mélangés, le regret de ces moments soirs parfaits d’une fin d’été où l’on pourrait se mettre à croire en dieu
Et surtout lancinant la triste et poignante survivance d’avoir aimé d’avoir souffert d’avoir été enfin… Souvenance d’une peau contre la mienne d’un embrasement des corps qui ne me fait plus frémir.
J’ai été cet enfant découvrant le monde avec émerveillement plein de certitudes, cet adolescent qui le rejette apeuré, cet homme qui le subit résigné.
A cet instant je préfèrerais toutes les souffrances toutes les peines, tous les deuils mais vivre encore et le savoir.
Mais tout ceci baigne dans une torpeur paresseuse au bord du dégoût, les sentiments anéantis par l’épaisse couche de brouillard qui m’entoure jusqu’à la nausée, jusqu’à la folie.
Et puis cette pensée qui me chatouille à peine effleurante La suivre languissamment
Oui c’est cela : je m’approche d’un kaléidoscope où des vies s’entremêlent en un tourbillon lumineux/ je puis être je dois choisir
Serais je ce général couvert de gloire qui s’en allant à sa dernière bataille ne sait pas qu’il sera trahi et ne recevra jamais les renforts attendus.
Serais je cette femme battue humiliée et meurtrie qui aime son bourreau
Ce despote à la cruauté sans limite
Cette vierge vendue à l’encan pas sa tendre mère
Défilent autour de moi des vies des envies de projets dérisoires et grotesques
Vivre oui
C’ets une masure usée par le temps et le désespoir
La propreté méticuleuse en souligne l’indigence orgueilleuse qui ne se rend pas. Pas encore
Je suis ce corps, lourd fatigué de mauvais rêves de mauvaises boissons de tristes chères succombant sous le poids des désillusions. Je suis cette femme maigre et triste, mal vêtue d’un tablier informe, aux mèches grasses tombant sur les yeux ternes et misérables.
Telle une petite suris je vaque à un quotidien terne et sale.
Et cette peur par-dessus tout de me trouver encore en faute
De mériter la correction qui me sera infligée
Comme je me hais d’être si peu de choses d’avoir tant de limites Comme je me déteste de n’être que moi
Et je m’attendris sur mon homme Il mérité mieux le pauvre que cette compagne triste et infertile que je suis. Sans moi il avait un avenir, je suis un boulet une punition qu’il n’ pas méritée
J’essaie de m’améliorer mais la mauvaise graine en moi est si tenace… Alors ne pas faire de bruit, le déranger le moins possible n’être qu’un souffle pour lui
laisser sa liberté
Et s’il me frappe à nouveau me dire que c’est pour mon bien et que sa colère est légitime
STOP petite souris A moi le contrôle, Où est-il ce tyran domestique qui te fait si peur ? C’est moi qui suis là et je ne suis pas une petite souris grise
Justement le voici Laid repoussant, bedonnant une satisfaction grasse écrite sur son visage. Il empeste un alcool bon marché qu’il croit porteur d’oubli.
Immédiatement il repère sa victime et se prépare à sonner l’hallalli
Mais aujourd’hui le martyr se fera bourreau au grand étonnement des deux contendants.
Les mots seront mon armes la psychologies de comptoir sa défaite.
Et il suppliera d’arrêter pâle et défait. Victoire facile dont la vacuité ne m’échappe pas.
Mais bientôt cela m’ennuie je n’ai de cesse de retourner à mon néant Quoi ce sont là ces moments dont la réminiscence me contraint à sortir de ma torpeur bienheureuse ?
Alors je me retire et je te laisse petite souris
Demain le bourreau hésitera retiendra ses coups la victime espèrera un temps Mais après demain il s’enhardira à frapper à nouveau.
Tous deux se rappelleront cet instant qui n’aurait pas dû être lui pour s’en venger en inventant de nouveaux sévices pour effacer l’humiliation elle pour contre toute attente espérer à
nouveau
Pauvre petite souris qui ne sait pas qu’il existe des graduation dans l’enfer et qu’elle vient d’en dévaler quelques une
Et je rejoins mon brouillard confortable, nourri par cet instant d’existence, j’émets un hoquet de satisfaction.
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